Valorisation des fossés pour l’atténuation des transferts de contaminants d’origine agricole

Traditionnellement, les fossés implantés en milieu rural ont une fonction hydraulique d’évacuation des eaux de manière à limiter l’érosion ou assainir les parcelles agricoles. A ce titre ils font partie intégrante du chevelu hydrographique et, de par leur positionnement en tête de réseau, constituent l’une des principales interfaces entre les parcelles agricole et les milieux aquatiques de surface. De fait, ils revêtent une importance majeure dans la collecte et le transit des contaminants d’origine agricole ; ils sont de ce point de vue souvent considérés comme un facteur aggravant en permettant une circulation rapide des eaux contaminées vers les milieux aquatiques récepteurs.

Si une protection rapprochée au moyen de dispositifs végétalisés (type bandes enherbées) constituerait une solution idéale pour intercepter les contaminants avant leur accès aux fossés, la mise en œuvre généralisée d’une telle mesure peut s’avérer particulièrement contraignante en raison de l’importance du linéaire concerné. En revanche un certain nombre de travaux, ciblés sur les produits phytosanitaires, tendent aujourd’hui à montrer qu’une conception et une gestion appropriée des fossés peuvent leur permettre d’assurer par eux-mêmes une fonction de rétention et d’épuration (Kao et al., 2002, Margoum et al., 2003).

Il est notamment démontré que la vitesse d’écoulement à travers le fossé et donc le temps de séjour des contaminants constitue un paramètre important. Plus cet écoulement est lent, plus les possibilités de rétention (en fonction des propriétés d’adsorption des molécules) et de dégradation sont élevées. Les facteurs susceptibles de ralentir voire retenir temporairement l’eau au sein du fossé – pente adaptée, rugosité induite par la végétation, redents – ont donc un effet bénéfique pour limiter les flux de contaminants.

La nature du substrat se révèle également importante : la présence de végétaux (macrophytes notamment), de sédiments fins et la richesse en matière organique sont en effet des éléments favorisants, à divers degrés, la fixation des substances phytosanitaires ou l’activité biologique nécessaire à leur dégradation. Finalement, les processus à l’œuvre sont très similaires à ceux recherchés dans le cas des Zones Tampons Humides Artificielles (mais ne peuvent évidemment être optimisés de la même manière étant donné la nécessité de préserver les fonctions hydrauliques des fossés). 

On signalera qu’une étude approfondie est actuellement engagée par l’INRA à propos des fossés infiltrant. Elle se donne pour objectif de :

  • mieux appréhender l’impact de ce type de fossés dans la contamination des ressources en eau par les produits phytosanitaires,
  • permettre d’identifier les situations à risque (phase de diagnostic),
  • proposer, le cas échéant, des modes de gestion adaptés pour optimiser le pouvoir épurateur des fossés.

La spécificité de ces travaux réside dans l’intérêt qui est porté à la fois aux risques pour les eaux de surface et aux risques pour les eaux souterraines (possibilités d’infiltration de l’eau et des contaminants).

Une première synthèse bibliographique faisant l’état des connaissances en la matière (élargie à tous types de fossés) est aujourd’hui disponible (Dollinger et al., 2014). Elle sera prochainement complétée par un guide méthodologique pour le diagnostic et la gestion locale des réseaux de fossés en vue de la limitation de la contamination des masses d’eau par les pesticides.

Pour en Savoir plus :

  • Dollinger J., Dages C., Bailly J-S., Lagacherie P., Voltz M. (2014). Synthèse bibliographique des différentes fonctions des réseaux de fossés aux échelles du fossé élémentaire et du réseau. Rapport INRA-ONEMA. 54pp. Télécharger

  • Kao C., Vernet G., Le Filleul J-M., Nédélec Y., Carluer N., Gouy V. (2002). Élaboration d’une méthode de typologie des fossés d’assainissement agricole et de leur comportement potentiel vis-à-vis des produits phytosanitaires. Ingénieries, n°29, pp.49-65.

  • Margoum C., Gouy V., Laillet B., Dramais G. (2003). Rétention des produits phytosanitaires dans les fossés de connexion parcelle-cours d’eau. Revue des Sciences de l’Eau, Vol. 16(3), pp. 389-405.

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